Corruption à l’école

L’éducation nationale est généralement la branche la plus vaste du secteur public africain, représentant souvent plus de 20% des dépenses publiques du gouvernement. En tant que droit humain fondamental, l’éducation est un moteur pour le développement individuel, social et économique. Elle est considérée comme la clé d’un futur meilleur, et donne au citoyen les outils nécessaires pour subvenir à ses besoins, vivre dignement et contribuer à la société.

La corruption dans l’éducation nuit durablement à tous les membres de la société - en particulier aux plus vulnérables. Incapables de supporter les coûts financiers de la corruption, les franges pauvres et marginalisées de la population sont privées des opportunités que représente une éducation de qualité ouverte à tous.

En Afrique, la corruption dans le secteur de l’éducation est un enjeu majeur de développement : selon le Baromètre Mondial de la Corruption 2013 de Transparency International, une moyenne de 33% des personnes qui ont eu affaire au système educatif ont déclaré d’avoir payé un pot de vin. Au Cameroun, ce chiffre monte même jusqu’à 36%.

La corruption dans le cadre scolaire se manifeste par des comportements quasi prédateurs : frais d’inscription excessifs ou imaginaires demandés à des parents pauvres, pots-de-vin exigés en échange d’un diplôme ou d’un simple bulletin, vente de matériel scolaire censé être gratuit, extorsion sexuelle des élèves filles en échange de bonnes notes, etc.

Plus largement, la corruption dans le secteur de l’éducation peut aussi prendre d’autres formes :

  • La corruption autour de l’affectation des enseignants, l’absentéisme organisé, les enseignants « fantômes » grevant le budget éducatif et servant au détournement de fonds.
  • Des chiffres d’inscriptions gonflés, ou des « écoles fantômes » pour attirer des financements publics (subventions forfaitaires par élève).
  • Des processus d’approvisionnement de manuels ou d’équipements défectueux (par exemple des contrats gonflés en échange de rétro-commissions).
  • L’attribution d’un contrat de construction d’une école communale à une entreprise de sa propre famille ou à des amis, ou en échange de rétro-commissions.
  • Le marché au diplôme : achat de bonnes notes auprès des enseignants, achat de copies d’examen ayant réussi auprès des jurys, ou simplement achat de titres falsifiés.

Un rapport de Transparency International de 2010, Africa Education Watch, avait déjà identifié et mesuré la prévalence de ces pratiques dans certains pays d’Afrique, dont le Niger et Madagascar. Un rapport spécifique au Cameroun publié en 2012 avait relevé des problèmes similaires. Les deux histoires présentées ici sont bien illustratives des problèmes identifiés ci-dessus.

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leurs combats

Corruption foncière

La terre est le premier moyen de subsistance pour beaucoup d’hommes et de femmes en Afrique. Elle est aussi porteuse d’importantes significations politiques, sociales et culturelles ; des significations dont la valeur est difficilement mesurable aux yeux du marché. L’accès à la terre et le contrôle de son usage est fondamental pour la majorité des Africains. Depuis la crise économique et alimentaire de 2008, l’importance commerciale de la terre n’a cessé d’augmenter, avec un intérêt croissant pour les investissements fonciers et les acquisitions foncières de grande taille. Parallèlement, l’urbanisation croissante augmente le prix de la terre urbaine. Dans ce contexte de valorisation monétaire de la terre, ses valeurs non-économiques sont facilement négligées ou ignorées.

Même si dans de nombreux pays le cadre législatif protège la propriété foncière et les droits de propriété des communautés locales, la corruption permet à ceux qui disposent des moyens d’influence nécessaires de manipuler les processus d’acquisition, les administrations et les cours de justices pour s’accaparer les terres, qu’elles soient urbaines ou rurales. C’est ainsi que beaucoup de populations pauvres et marginalisées, en particulier les femmes, perdent le contrôle de la terre qu’ils occupaient, parfois depuis des générations.

La gouvernance foncière se trouve ainsi fortement fragilisée par la corruption, et même si de nombreux pays encadrent légalement les processus formels d’enregistrement foncier, 34 % des personnes africaines interrogées pour le Baromètre Mondial de la Corruption de TI en 2013, et qui ont eu contact avec l’administration foncière, ont répondu avoir payé un pot-de-vin dans ce cadre.

Les deux cas présentés ici font échos aux défis et difficultés auxquels les plus démunis font face lorsque des intérêts économiques puissants accaparent leurs terres. Comme ces récits le montrent, il n’est pas toujours aisé pour les citoyens de faire valoir leurs droits, même avec un titre de propriété en bonne et due forme et avec l’aide de Transparency International.

Corruption et déforestation: une menace pour les mécanismes comme REDD+

Les forêts couvrent 31 % de la surface de notre planète et jouent un rôle crucial dans l’absorption et le stockage du dioxyde de carbone; influent aussi directement sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des populations. Il y a donc un intérêt majeur à protéger nos forêts : c’est ce que REDD+ visant la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts - cherche à faire.

A ce jour, on estime que la déforestation et la dégradation des forêts sont responsables d’environ 15 % des émissions globales de CO2. La corruption est presque toujours intimement liée à l'exploitation illégale des zones forestière et menace ainsi des initiatives comme REDD+. La majorité des pays riches en forêts, et qui sont bénéficiaires de REDD+, sont ceux où la corruption est perçue comme étant la plus élevée ; le secteur forestier y connait le plus souvent une corruption endémique.

La corruption dans le secteur forestier se manifeste le long des différentes étapes de la chaîne d'approvisionnement et favorise l'apparition de pratiques illégales, comme l'exploitation illégale de zones forestières protégées. La complicité de nombreux fonctionnaires (autorités forestières, police, douaniers) est essentielle: elle permet à ces activités illégales d’avoir lieu et de continuer sans sanction. Par exemple, les pots-de-vin peuvent permettre aux entreprises, ou individus, de couper et exporter des espèces de bois protégées par la loi, de couper dans des zones protégées, ou en dehors des zones accordées par la concession, et de transporter illégalement ce bois coupé sur les marchés.

Une participation accrue de la société civile est indispensable pour améliorer les systèmes de gouvernance des forêts et pour vérifier leur mise en œuvre.

Pour davantage d’informations sur l’intégrité de REDD+, découvrez notre module de formation en ligne ouvert à tous : courses.transparency.org.

La lutte contre la corruption au Niger

Pour les Nigériens, la corruption est une réalité quasi quotidienne. Que ce soit pour trouver un travail, avoir accès à des soins dans un hôpital, ou dans le cadre scolaire, la nécessité de payer des pots-de-vin n’est que trop présente. Cette situation se reflète dans le score de 35 points qu’a obtenu le Niger dans l’Indice de la Perception de la Corruption, qui le met au même rang que le Mexique ou la Moldavie au niveau de la corruption perçue.

L’Association Nigérienne de Lutte Contre la Corruption (ANLC) lutte depuis sa création, en 2001, contre la corruption dans la vie économique et politique du pays. Depuis 2010, elle offre une aide juridique aux témoins et victimes de la corruption via son Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC). Depuis la création de ce centre, ANLC a reçu près de 800 plaintes. Grace à ses « CAJAC mobiles », elle peut apporter son aide à de nombreuses localités isolées à travers le pays : en quatre ans, elle a visité plus de 85% des communes nigériennes. Les CAJAC mobiles non seulement permettent de sensibiliser la population aux problèmes de la corruption et leur donnent la possibilité de dénoncer des cas de corruption, mais ils ont aussi mené à la création de centaines de clubs anti-corruption. Aujourd’hui l’ANLC a mis en place des clubs anti-corruption dans les 266 communes du pays. Ces clubs sont des coalitions citoyennes, qui se font le relai du CAJAC dans leur localité. Ils informent et sensibilisent les citoyens, identifient les cas de corruption sérieux et font le relais au CAJAC de Niamey. Ils développent aussi des plans d’action pour essayer de réduire la corruption dans leurs communautés et assister les victimes et témoins de la corruption.

Les cas présentés ici correspondent bien aux grandes tendances identifiées par l’ANLC en ce qui concerne la corruption au Niger : problèmes de faux diplômes, corruption à l’école, abus d’autorité par les administrations et les forces de l’ordre, prédation financière par certains agents de l’état.

Le marché aux diplômes

Le marché aux diplômes

Boubacar, candidat au Brevet d’Etudes Professionnelles (BEP) Option Comptabilité, s’était préparé intensivement pour ses examens. Se voyant déclaré non-admis, il a demandé à voir sa copie d’examen pour comprendre ses erreurs. Le refus du membre du jury auquel il s’était adressé, et qui menaça même d’appeler la police pour le faire sortir, lui a mis la puce à l’oreille. Soupçonnant que ses notes aient été vendues à un autre candidat, ce qui arrive hélas trop souvent au Niger, Boubacar a sollicité l’assistance juridique de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption (ANLC), la Section de Transparency International au Niger. Au Niger ce ne sont pas seulement les diplômes qui se monnaient, mais aussi les copies d’examens !

Transparency International a accompagné Boubacar dans ses démarches et a adressé aussi des correspondances en son nom aux Ministères compétents, pour leur faire part de la situation. Cela a permis à Boubacar de récupérer son relevé de notes et de faire valoir ses résultats. Il a finalement été admis et reçu son attestation de réussite de la part du Président du Jury.

Racket par la police locale

Racket par la police locale

Aminou Dan Baba est propriétaire d’un moulin à sable, sur le site d’orpaillage de Tangouga, dans la région de Tillabéry, à environ 150km de Niamey.

Un jour où il était absent, des agents des impôts se sont présentés pour le recouvrement des taxes, accompagnés par des hommes de la Force Nationale d’Intervention de Sécurité (FNIS). Les deux apprentis d’Aminou présents se sont vus ordonner l’arrêt de leur activité jusqu’à régularisation de la situation.

A son retour, M. Dan Baba, qui disposait des documents requis, leur a demandé de reprendre le travail et est resté sur place jusqu’au retour des agents, satisfait de pouvoir leur montrer qu’il s’était acquitté de toutes les taxes requises. Ceux-ci ont cependant refusé de l’écouter, ont sanctionné les apprentis à coup de bâtons et ont emmené l’un des apprentis qui a ensuite été détenu toute la journée en plein soleil. Aminou a alors été forcé par les agents à payer à nouveau des taxes qu’il avait déjà payées, et n’a obtenu aucun reçu pour ces sommes.

Ses démarches initiales auprès de la gendarmerie ne portant pas fruit, Aminou s’est tourné vers le Club d’intégrité de Torodi, branche locale de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption. Avec leur soutien il a pu obtenir la libération de son apprenti et découvrir qu’une somme importante lui avait même été soutirée. Aminou n’est pas encore parvenu à récupérer les sommes perdues, mais pour le moment, et grâce à l’action de l’ANLC, les tentatives de racket ont cessé.

Balkissa voulait continuer ses études

Balkissa voulait continuer ses études

Balkissa naît le 13 juin 1995 à Niamey, Niger. A l’âge de douze ans, elle est promise par son oncle paternel à un de ses cousins qui vit au Nigéria. Celui-ci avait convaincu l’oncle de Balkissa en lui achetant un véhicule et en lui envoyant divers cadeaux. A la fin de l’année 2012, le cousin envoie la dot et demande à ce que la date du mariage soit fixée. Elle a beau protester qu’elle ne veut pas de ce mariage, le cousin, ayant l’aval de l’oncle de Balkissa, insiste.

En 2012 Balkissa a contacté l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption (ANLC), qui l’a aidée à porter plainte contre son oncle au bureau du procureur de la République. L’oncle a été convoqué devant le juge, et ordre lui a été donné d’abandonner toute idée de mariage ; mais ce dernier, deux jours après la convocation, est revenu à la charge. Le Procureur a alors ordonné un mandat d’arrêt contre lui, qui a conduit à son arrestation et à sa mise en détention. L’ANLC a conduit Balkissa à l’ONG SOS Femmes et Enfants victimes de violences, qui dispose d’un centre d’hébergement. Balkissa y est restée le temps que l’affaire soit résolue définitivement. A sa sortie de la maison d’arrêt où il était en détention, l’oncle a pris l’engagement de laisser tomber ses projets de mariage forcé, et depuis Balkissa a pu poursuivre ses études. Elle est maintenant en classe de première.

Cette affaire illustre un des défis des CAJAC : certaines affaires portées à leur attention ne sont pas toujours strictement des cas de corruption, mais en cas de risque physique imminent pour une personne, ou d’infraction grave à leurs droits fondamentaux, les CAJAC mettent leur expertise légale à disposition (comme ici) ou se tournent vers des organisations sœurs.

La lutte contre la corruption au Cameroun

Au Cameroun, la corruption est monnaie courante, à tel point que de nombreux services publics ne peuvent être obtenus qu’en payant le « tchoko », la « cola » ou le « gombo » à l’agent de police, au directeur d’école ou au fonctionnaire. Comme on dit aussi ironiquement, il faut « faire le geste qui sauve ».

En 2011, 54% des Camerounais ont déclaré avoir dû verser au moins un pot-de-vin dans l’année. Pour les personnes qui sont rentrées en contact avec la police, plus de deux tiers ont dû payer. Toujours selon le Baromètre Mondial de la Corruption, les Camerounais estiment que la majorité de leurs institutions sont corrompues et ne font pas confiance à la police, aux fonctionnaires ou aux élus. La récurrence des scandales politiques et la lenteur, voire l’absence, de réactions judiciaires accentuent encore ce phénomène.

Depuis 2004, un grand nombre de hauts fonctionnaires ont été arrêtés pour des accusations de corruption et certains ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Pourtant, une enquête récente de Transparency International montre que la moitié de la population juge inefficaces les efforts du gouvernement pour lutter contre la corruption. En effet, la majorité des bureaux anti-corruption des ministères ne fonctionnent pas et la Commission Nationale Anti-Corruption créée en 2006 n’a pas le pouvoir de poursuivre des membres du gouvernement.

Dans l’Indice de Perception de la Corruption de 2014, le Cameroun est classé 136ème sur un total de 174 pays, figurant ainsi parmi les pays les plus corrompus au monde. Dans un pays de 22 millions d’habitants, où la pauvreté reste très importante et où l’accès aux services de base reste limité, la corruption empire la situation des citoyens, en particulier les plus pauvres et les plus marginalisés.

Transparency International Cameroun a été fondée en 2000 pour faire face à ce fléau. L’organisation a pour objectif de promouvoir la transparence et la bonne gouvernance, d’alerter et de sensibiliser sur les dangers de la corruption et de donner aux citoyens les moyens d’y répondre. Son Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC), créé en 2011, enregistre les plaintes des citoyens, aide ceux-ci dans leurs démarches judiciaires, observe les tendances de la corruption, et mène des enquêtes. Le service CAJAC oriente les victimes et témoins de corruption, et offre aussi une assistance juridique à ceux dans le besoin. En trois ans, près de 600 cas de corruption ont été enregistrés par TI Cameroun.

Le directeur qui ne voulait pas remettre les diplômes

Le directeur qui ne voulait pas remettre les diplômes

Laurent est père de 5 enfants, tous scolarisés au sein d’une école publique de Kribi. Un matin, il a contacté le Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) afin d’obtenir de l’aide face à l’abus de pouvoir dont il a été victime, exercé par le directeur de l’école primaire que fréquentent ses enfants.

Lors de la réunion de fin du second trimestre, le directeur d’école avait refusé de remettre les bulletins aux parents d’élèves n’ayant pas acquitté les frais d’Association des Parents d’Elèves (APE), frais n’ayant pas de caractère obligatoire au Cameroun ; un clair abus de pouvoir au vu de la loi.

Informée de cet abus, Transparency International Cameroun a alors pris contact avec le Point Focal du Ministère responsable de cette circonscription, qui y a envoyé le jour même le Responsable de l’Education de base pour la localité, afin de rendre visite à ce Directeur. Le cas a été résolu avec succès et à la mi-journée, Laurent a été convié par téléphone à venir retirer les bulletins de ses enfants à l’école du centre. La situation concernait même l’ensemble des parents de l’école, qui ont ainsi été directement aidés par l’action de Laurent et de Transparency International Cameroun.

Trente et une maisons détruites

Trente et une maisons détruites

La Collectivité des pionniers-planteurs, représentée par Narcisse, occupe depuis 1955 une parcelle de terrain de plus de 6 hectares à Douala. La parcelle a été mise en valeur depuis de nombreuses années par la construction de maisons, par des aménagements et par l’exploitation de plantations cultivées. La Collectivité des pionniers-planteurs ayant assuré la mise en valeur du site, elle aurait dû recevoir de plein droit le titre foncier de la parcelle, conformément à l’ordonnance du 6 Juillet 1974, qui fixe le régime foncier.

Cependant un disfonctionnement administratif attribua la même parcelle à une personne aisée de la localité voisine. Celle-ci disposant d’appui au niveau des autorités administratives locales et militaires, fit abattre les maisons de près de 31 familles en février 2014 et entreprit des travaux sur la parcelle pour la construction de logements à mettre en location. Cela s’est produit malgré la non-résolution du litige en cours entre lui et la Collectivité des pionniers-planteurs, qui est toujours en cours d’instruction devant les tribunaux.

Ayant le sentiment d’une injustice, les familles de la Collectivité des pionniers-planteurs ont fait appel à Transparency International Cameroun pour que leurs droits soient respectés. Plusieurs éléments recueillis jusque-là, laissent penser à des actes de corruption.

L'affaire est toujours en cours et Transparency International Cameroun travaille avec les familles expulsées et les autorités pour faire toute la lumière sur cette affaire - et, si possible, obtenir réparation pour les familles dont les maisons ont été détruites.

Madagascar

Madagascar souffre d’un haut niveau de corruption dans le secteur public, tel que reflété par son score de 28 sur 100 à l’Indice de Perception de la Corruption, montrant une perception delà corruption plus élevée à Madagascar, qu’au Mali, ou qu’en Mauritanie. Ce n’est pas étonnant si l’on sait qu’une personne sur trois a déjà été sollicitée pour payer un pot-de-vin à Madagascar, et que 58% de la population interrogée pour le Baromètre Mondial de la Corruption de Transparency International estime que le niveau de corruption a augmenté lors des deux dernières années.

Les malgaches rencontrent la corruption à chaque coin de rue : pour obtenir sa carte d’électeur, lors des examens scolaires ou universitaires, au cours d’une affaire en justice, lors d’un contrôle de police, ou lorsque le professeur payé par l’Etat n’est pas présent dans la classe. La corruption touche tout le monde, mais comme dans beaucoup de pays, les jeunes, les pauvres et les femmes en souffrent le plus.

Les secteurs les plus touchés par la corruption, comme rapporté par les clients du CAJAC de Transparency International – Initiative Madagascar (TI-IM), sont la justice, l’éducation et l’administration locale, que ce soit au niveau de la commune ou du Fokontany (sous-division de la commune). La santé et le secteur foncier sont également loin d’être épargnés. Vu le faible taux de confiance accordé aux autorités par la population, il n’est pas surprenant que le Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) de Transparency International ait trouvé un fort écho auprès de la population.

Transparency International – Initiative Madagascar a été fondée en 1997, avec pour objectif de réduire la corruption au sein du pays. Aujourd’hui, TI-IM est l’organisation de lutte contre la corruption la plus importante et la plus reconnue dans le pays. Elle bénéficie du soutien des citoyens et a pu développer des relations de travail avec les institutions étatiques en charge de la lutte contre la corruption, dont le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO).

Grace à ses activités de sensibilisation de la population, notamment à travers le CAJAC, qui est opérationnel depuis août 2010, TI-IM dispose d’une forte audience. Les cinq premiers mois de son ouverture, le CAJAC de TI-IM a reçu plus de 380 contacts, et en quatre ans d’existence, plus de 4000 personnes ont contacté le CAJAC pour obtenir une aide juridique et une assistance pour leur problème de corruption. Le CAJAC de TI-IM est présent dans toute l’île grâce à ses déplacements « CAJAC Mobile » et n’hésite pas à aller apporter son soutien aux populations les plus isolées du pays.

Le CAJAC organise aussi des émissions-débats à la radio pour informer les citoyens sur leurs droits et faire connaître le Centre. Depuis 2014, TI-IM s’investit particulièrement dans les secteurs stratégiques que sont le foncier, les ressources forestières et les mines. L’organisation travaille aussi sur une analyse de la corruption dans le secteur forestier.

La caisse sans fond de l’administration

La caisse sans fond de l’administration

Rado, marié et père de deux enfants, habite dans une petite ville de la capitale de Madagascar. Ayant besoin d’un certificat de résidence, il s’est rendu au Fokontany (autorité locale en charge des documents administratifs de base) afin de se le faire délivrer.

Les frais de ce certificat sont généralement peu couteux (environ 200 à 500 Ariary) ; cependant, le Président du Fokontany – avec le consentement de son adjoint et du trésorier – lui a réclamé la somme de 5000 Ariary, une somme très élevée à Madagascar. On lui a également refusé la délivrance d’un reçu attestant que la somme perçue serait bien reversée à la localité, et son insistance lui a valu des menaces en retour. Le « cadeau-cadeau » est une pratique très courante à Madagascar, qui consiste à demander une somme d’argent supérieure au coût qui doit être payé pour un document administratif.

Sollicitée par Rado, Transparency International – Initiative Madagascar l’a aidé à structurer sa plainte avant de la présenter au tribunal. Le tribunal a rendu sa décision en faveur de Rado et, après avoir constaté plusieurs irrégularités comptables dans la gestion du Fokontany a reconnu coupable du délit de corruption, le Président et le Vice-président du Fokontany, qui ont été condamnés à des peines de 3 mois de prison avec sursis. Le trésorier, quant à lui, s’est vu épargné d’une peine de prison, au bénéfice du doute. Mais tous trois ont été démis de leurs fonctions.

Depuis cette affaire, des mécanismes de contrôle renforcés ont été mis en place et les tarifs des actes administratifs sont affichés dans le bâtiment pour vérification par les usagers. La Commune assume maintenant un rôle plus important pour les actes notariés, contrebalançant ainsi le pouvoir du Fokontany.

La résolution de cette affaire a également permis la diffusion des bonnes pratiques, telles que la demande d’un reçu lors du règlement d’un acte administratif. Rado continue de s’engager dans sa ville pour créer une veille citoyenne pour surveiller les pratiques de gestion.

Une famille à la rue

Une famille à la rue

François et son épouse Emilienne résident dans une ville de l’est de Madagascar depuis 1991. Avec d’autres familles, ils occupent une parcelle qu’ils ont mise en valeur par la construction d’une maison en dur (comprenant des étages), l’entretien de cultures, et la construction d’une petite usine familiale.

En 2003, ils entament le processus standard de « demande de reconnaissance » auprès du service des domaines de leur localité afin d’acquérir la parcelle car le terrain appartient toujours à l’Etat Malagasy. Dans le même temps, une procédure judiciaire est lancée à l’encontre des occupants du terrain.

Un avocat est alors engagé pour défendre tous les occupants dans cette affaire. Cependant, François et sa famille ne reçoivent aucune information de sa part au cours de l’instruction et ne peuvent, de ce fait, se rendre aux audiences.

Lors de la délibération, le tribunal ordonne la destruction des constructions se trouvant sur la partie du terrain qu’ils occupent. François ne reçoit aucune notification officielle et ne peut donc pas faire appel de cette décision dans le délai légal.

Au vu du dossier, Transparency International – Initiative Madagascar suspecte un cas de malversation et recommande à la famille de porter plainte auprès du Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO), un organe étatique, pour faire la lumière sur cette affaire. Transparency International aide la famille à préparer son dossier et organiser toutes les informations recueillies.

Transparency International espère voir aboutir la plainte afin d’obtenir la reconnaissance des droits de la famille de François et Emilienne, ainsi qu’une indemnisation suite à la perte de leur maison. A ce jour les 27 membres de sa famille n’ont toujours pas été relogés.

Quand la corruption rase la forêt

Quand la corruption rase la forêt

Dans la commune d’Anjozorobe à Madagascar, le Comité de l’eau, qui regroupe les villageois du Fokontany de Miandrarivo, assure la gestion de la source naturelle qui alimente en eau potable les cinq hameaux avoisinants. Cette source se situe sur le site d’une forêt appartenant à l’Etat, et qui dispose par conséquent du statut de zone protégée : il est interdit de procéder à toute coupe ou transformation de bois.

Des arbres ont pourtant pu être abattus sans réelle autorisation et du charbon a été produit. La déforestation et les incendies de forêt ont alors provoqué l’asséchement de la source dont les habitants sont aujourd’hui victimes. En effet, le manque d’eau a entraîné une dégradation des conditions d’alimentation, d’hygiène et de santé des villageois. Le Comité a cherché à arrêter ces pratiques illégales en se rendant au Chef de Cantonnement forestier (garde forestier) puis à la gendarmerie. Les sacs de charbon ont été saisis mais ont ensuite disparu et réussi à passer la barrière économique où des contrôles ont normalement lieu.

Le Comité s’est alors tourné vers le CAJAC de Transparency International – Initiative Madagascar, qui leur a expliqué leurs droits et a apporté une aide pour porter plainte auprès du Ministère des Forêts. Cette démarche a conduit au renvoi du garde-forestier. Celui-ci refusant de quitter son poste, l’affaire est toujours en cours et le CAJAC continue son travail.

Transparency International et le projet CAJAC

Transparency International (TI) est un mouvement mondial avec une vision : un monde dans lequel les gouvernements, les entreprises, les sociétés civiles et la vie quotidienne des personnes sont libres de la corruption. A travers plus de 100 sections dans le monde entier et un secrétariat international à Berlin, nous menons la lutte contre la corruption pour faire de cette vision une réalité.

En 2010, Transparency International a lancé une série de projets en Afrique pour créer des Centres d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) pour donner la possibilité aux citoyen(ne)s de dénoncer les actes de corruption dont ils sont victimes ou témoins et les aider à poursuivre ces plaintes par les voies légales disponibles. En leur fournissant des conseils et une assistance juridique, Transparency International soutient les citoyen(ne)s qui cherchent à s’opposer à la corruption à sa source et travaille ensuite à formuler sur cette base des recommandations concrètes pour améliorer la gouvernance.

Quatre ans plus tard, treize sections de Transparency International en Afrique travaillent maintenant de manière étroite avec les citoyens pour les aider à prendre en main la lutte contre la corruption. Parmi elles, sont les sections de TI au Cameroun, à Madagascar et au Niger qui ont ouvert leurs propres centres d’assistance juridique avec un financement de la Commission Européenne et du Ministère des Affaires étrangères et du Développement International de la France. Depuis, leurs opérations ont crû annuellement et aident des milliers de citoyens qui font face à la corruption et décident de résister.

Ce documentaire est dédié à leur travail et aux citoyens qui, avec ou sans l’aide de Transparency International, ont fait entendre leur voix contre la corruption et sont devenus des champions de l’intégrité.

Les bonnes raisons pour faire un don

La corruption est un des grands défis de notre époque : que ce soit la crise financière qui a détruit des années de croissance, ou des nations riches en ressources naturelles mais empêtrée dans la pauvreté, les conséquences de la corruption nous touchent tous, où que nous habitions. La corruption est source d’inégalités sociales, fait obstacle au développement économique, et affecte principalement les plus pauvres.

Grâce à votre don, les Sections nationales de Transparency International au Cameroun, à Madagascar et au Niger seront mieux à même de lutter contre la corruption et d’aider les citoyens qui en ont assez. Votre argent sera utilisé pour permettre à leurs avocats de se déplacer à la rencontre des populations rurales, de financer les actions en justice des citoyens les plus pauvres et de soutenir le combat de ces champions de l’intégrité que vous avez vu en action dans ce documentaire.

Contacts

Transparency International

Alt Moabit 96
10559 Berlin Allemagne

Téléphone: +49 30 3438 20 795
Fax: +49 30 3470 3912

Personne de contact:
Brice Böhmer,
Manager des Programmes,
Département Afrique

Transparency International Cameroun

Nouvelle Route Bastos, rue 1.839
PO Box 4562
Yaoundé - Cameroon

Téléphone: +237 2220 60 22

Personne de contact:
Line Ateba,
Responsable du département juridique

Transparency International - Initiative Madagascar

Lot II M 98 B (2e étage) - Antsakaviro
101 Antananarivo
Madagascar

Téléphone: (+261) 20 22 65357

Personnes de contact:
Landy Rakotondrasoa, Conseillère juridique
Florent Andriamahavonjy, Directeur exécutif

Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption

Rue du Grand Hôtel, collée au Centre de documentation et de Formation en Droits Humains de l’ANDDH
(Face RAZEL)
Niamey - Niger

Téléphone: +227 20 74 10 90

Personne de contact:
Amadou Hassane Diallo,
Coordonnateur CAJAC



Partenaires financiers

Cette publication (y compris le site Web et les vidéos) a été réalisée avec l’appui financier de l’Union Européenne et du Ministère des Affaires Étrangères et du Développement International de la France. Cependant le contenu de cette publication relève de la seule responsabilité de Transparency International et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de ces deux partenaires.


La phase initiale du projet CAJAC au Niger, au Cameroun et à Madagascar était soutenue par l’Union Européenne (de 2010 à 2013) ainsi que par le Ministère des Affaires Étrangères et du Développement International de la France (de 2011 à 2014).

Produit et réalisé par Camara Boreal